La bataille de Djahy
- Gérald Olivencia
- 24 juil. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 oct. 2025

De Canaan et des marches d’Assyrie, des peuples entiers se mirent en branle. Peleset, Tjekker, Lyciens, et tous ceux venus du pays Amurru fraichement conquis, coalisés par le rêve de terres riches et fertiles, marchaient vers le sud comme une ville mouvante, le cœur confiant. Une cité nomade, faite de chariots et de bêtes, de lances et de torches, avançait sur les routes du désert. Leurs enfants dans les bras, leurs dieux dans les sacs, leurs foyers sur les roues.
Ashdod tomba. Puis Ashkelon. Et à travers les pierres brûlantes du Néguev, ils lorgnaient vers le joyau des royaumes : l’Égypte.
Ils voulaient prendre Héliopolis, ils voulaient Tanis. Et même conquérir jusqu’aux rives du Delta. Là où coule le Nil, bordé par ses temples d’or.
Le périple interminable tissait l’amitié entre ces peuples disparates, traînant avec eux tout ce qu’ils possédaient. Leur fraternisation nourrissait la croyance en leur destin et renforçait leur foi à poursuivre leur avancée.
Ils s'approchaient dangereusement de la ligne de défense organisée par Ramsès III.
Le seigneur des Deux Terres les attendait.
Dans sa huitième année de règne, il tutoyait l’apogée de son art de la guerre, en stratège résolu à éradiquer la menace.
Pour Pharaon, l'heure était décisive, les guetteurs étaient formels : Le royaume était aussi attaqué par la mer. Il suivait la situation de près sur les deux fronts, les ordres étaient donnés aux généraux : mobiliser toutes les forces disponibles, réquisitionner le maximum d'embarcations pouvant servir à transporter des soldats. Inflexible, la négociation avec les étrangers n’était pas une option. La mort était le seul horizon qu’il leur promettait.
Sur ordre du Dieu vivant, son général d’infanterie convoqua ses légions, lança les chars, fit tendre les arcs et affûter les faucilles de bronze. La frontière du pays de Djahy fut le lieu où le faucon frappa.

Les Peuples de la Mer descendaient des collines en masse compacte et lourde. Sous les ordres des officiers de Pharaon, les chars jaillirent des dunes. Ils furent la foudre et le feu. La colère et la flèche. Le sable vola en gerbes. Les essieux rugirent. Les archers tiraient sans répit, vidant leurs carquois en rafales sèches. Les traits noircirent le ciel. Le sol, martelé par les sabots, vibrait comme un tambour de guerre.
Les Peuples de la Mer ripostèrent. Hauts casques à plumet, cuirasses d’airain, boucliers ronds frappés de serpents et de soleils. Leurs haches mordaient. Leurs épées éclataient les cuirasses. Mais ils étaient faits pour la mêlée, pas pour la rapidité. Ils n’avaient ni chevaux, ni stratégie militaire, et point de salut.
Ils ployaient. Ils rompirent.
Les survivants, hagards, s’enfuirent vers le désert.
Ramsès ne leur accorda aucun répit. Il lança la chasse. Ceux qui ne pouvait courir, femmes, enfants, familles entières, furent capturées. Mais loin de disparaitre totalement, certains peuples s’installèrent dans la partie orientale de l’Empire, tandis que le seigneur Dieu tournait déjà son regard vers la mer où une autre bataille commençait.
(extrait de mon roman sur les Peuples de la mer - à paraître fin 2025).



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